Rodrigues, Comores, Madagascar, Seychelles. Quatre territoires insulaires, quatre entrepreneurs locaux, un même diagnostic : le plastique s'accumule, la collecte est fragmentée, et la transformation locale n'existe pas encore à l'échelle. Plastic Odyssey Factories lance un projet d’envergure sous le projet Island Plas de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) avec quatre projets en parallèle dans l'Océan Indien.
Le pari : couvrir toute la chaîne de valeur, pas seulement la machine
L'erreur classique dans ce type de projet : installer une machine, ignorer l'amont et l’aval. Pas de collecte structurée, pas de matière. Pas de matière, pas d'usine viable. Et réciproquement, pas de débouchés, pas de viabilité économique et donc pas de recyclage. Plastic Odyssey Factories via ses partenaires locaux aide à construire les quatre projets sur une logique de filière complète, en intégrant notamment dès le départ les collecteurs informels comme acteurs économiques à part entière.
Ce positionnement est non négociable : dans les îles de l'océan Indien, le plastique qui arrive en décharge ou en mer a souvent été trié, transporté et prévendu par des ramasseurs indépendants dont le travail n'est ni reconnu ni rémunéré à sa juste valeur. Les projets Island Plas posent la question de la rémunération de la collecte comme condition de la durabilité du modèle économique, et pas comme un bonus social.

Décharge de Providence à Victoria, aux Seychelles
Les quatre partenariats nationaux sont chacun le fruit d’une collaboration datant de plusieurs années, bâti sur la confiance et l’ambition de monter des projets efficaces. En travaillant sur 4 territoires à la fois, cela permet évidemment un partage des ressources, des apprentissages, et la co-construction d’outils adaptés de traçabilité, de formation et de sensibilisation.
Rodrigues - Mautopia : transformer une île déjà prête
Rodrigues est le cas le plus avancé en termes d'infrastructure de collecte. Depuis plus de dix ans, RodClean opère des points de collecte différenciée. Depuis janvier 2026, le tri sélectif est obligatoire pour tous les foyers. La matière est disponible. La micro-usine portée par Mautopia vise à fermer cette boucle : transformer localement ce qui est déjà collecté, et créer des débouchés économiques sur l'île même. Une partie du flux sera transporté vers des industriels de Maurice (bouteilles PET, PEHD propres etc) grâce à un accord de logistique inversée et les gisements restants de mix PE/PP et plastiques souples seront valorisés en planches et profilés sur place à Rodrigues - notamment pour le développement de l’infrastructure (commande publique, tourisme etc).

Après la 1ère micro-usine installée avec le groupe ER dans le sud de Maurice grâce au soutien de Mautopia, une nouvelle unité est prévue à Rodrigues
Comores - Nassim Ali, Recyvie, avec l'ONG 2Mains : trois îles, un défi logistique
Le projet comorien est le plus complexe de ce consortium. Nassim Ali, fondateur de Recyvie, porte un projet qui couvre initialement Mitsaniouli dans le Nord de Grande Comore, récemment étendu à Moroni la capital. En revanche, le projet Island Plas est ambitieux et vise simultanément Grande Comore, Anjouan et Mohéli, trois îles avec des réalités différentes, des acteurs distincts et des liaisons maritimes incertaines. Cela demande donc une collaboration avec des acteurs installées dans les 2 autres îles. L'ONG locale 2Mains assure l'ancrage communautaire et le travail avec les collecteurs de terrain.

Nassim, fondateur de Recyvie aux Comores
Madagascar - STCV : une double filière, deux marchés
À Antananarivo, Gaëlle et Johan Pless dirigent la PME STCV qui collecte déjà des déchets palstiques, cartons etc auprès des professionnels. Le projet Island Plas permet à STCV de passer de la collecte B2B à une collecte aussi via les communautés et le secteur informel ainsi que d’ajouter une filière de valorisation, avec une approche de marché double. Premier débouché envisagé : transformer les plastiques courants (HDPE, PP) en planches et mobilier mais aussi en pavage pour le secteur de la construction et de l'aménagement. Second débouché (déjà exploité historiquement): les plastiques à haute valeur (PE, PET de qualité industrielle) revendus aux industriels de la plasturgie locale, qui cherchent une source d'approvisionnement en matière recyclée pour réduire leurs coûts et leur empreinte. Cette double sortie rend le modèle économique plus résilient : si un marché ralentit, l'autre absorbe.

L'équipe STCV
Seychelles - Kyle de Bouter, Brikole Pty : l'extrusion d'abord, la collecte à construire
Kyle de Bouter porte le projet seychellois avec un focus technique sur l'extrusion plastique. La technologie est maîtrisée. Le vrai défi, identifié dès le départ : il n'existe pas encore de système de collecte structuré aux Seychelles à l'échelle nécessaire pour alimenter systématiquement une unité de transformation des plastiques. Brikole Pty travaille donc en parallèle à construire la filière amont : sensibilisation des acteurs, identification et rémunération des collecteurs informels, création de points de dépôt, mise en place de flux réguliers. Evidemment la filière avale est aussi à construire dans le contexte spécifique des Seychelles, très tourné vers le tourisme mais aussi la pêche.
Ce cas illustre une réalité que Plastic Odyssey Factories documente sur tous ses terrains : la machine ne fait pas la filière. La collecte est parfois le goulot d'étranglement le plus difficile à résoudre, et le plus déterminant pour la viabilité à long terme.

Kyle faisant un workshop dans une école pour sensibiliser à la collecte
Une vision commune dans l’Océan Indien, porté par un timing favorable
Les quatre projets avancent ensemble, pas en parallèle isolé. Plastic Odyssey Factories joue un rôle d'ensemblier : capitalisation des expériences terrain, transfert de méthodologie, appui technique sur les machines et les procédés. Ce modèle de consortium avec un mix local / international permet aussi de mutualiser les apprentissages, éviter les erreurs et de partager les outils de formation, les bonnes pratiques. Cela permet enfin de peser collectivement dans les discussions avec les institutionnels régionaux, la Commission de l’Ocean Indien (COI) et les bailleurs comme l’Agence Française de Développement (AFD), le PNUD avec son projet ISLANDS dans la région.
L'objectif n'est pas juste de démontrer que le recyclage est possible dans une île. C'est de démontrer qu'il est réplicable et viable dans les conditions spécifiques des petits États insulaires en développement, avec leurs contraintes logistiques, leur tissu d'entrepreneurs locaux, et leur dépendance aux filières informelles de collecte.
Rendez-vous avant la fin 2026 pour avoir ces 4 micro-usines opérationnelles sur le terrain !
